KAIDAN – Histoires étranges – 2

KAIDAN - Histoires étranges - Teru teru bozu accroché sous la pluie
Teru teru bozu

Teru-teru-bozu, teru bozu
Fais que demain soit une journée ensoleillée
Comme parfois le ciel en rêve
S’il fait beau je te donnerai un grelot d’argent
Teru-teru-bozu, teru bozu
Fais que demain soit une journée ensoleillée
Si tu réalises mon rêve
Nous boirons beaucoup de saké sucré (amazake)

Elle pleure.
Pour que les champs restent verdoyants et fertiles, elle pleure.
Couvrant le ciel d’épais nuages gris, elle pleure, tandis qu’un enfant joue sous sa pluie.
Sa tête coiffée d’un parapluie, un peu voûté pour protéger sa lanterne de papier, le petit chante à tue-tête, d’une voix joyeuse, un refrain macabre. Un refrain parlant d’une promesse non tenue, laissant le ciel abattre des trombes d’eau sur le village.
Le garçon parapluie chantonne pour les poupées accrochées en guirlande aux fenêtres des paysans.
Elle se lamente.
Ses épaules parées de sa longue chevelure noire se confondent étrangement avec son corps partiellement liquéfié. Son visage est constamment inondé de tristesse, tant et si bien qu’on pourrait craindre qu’elle s’y noie.

Son visage est constamment inondé de tristesse, tant et si bien qu’on pourrait craindre qu’elle s’y noie. Dans la vallée, les aigus de sa voix cristalline résonnant pareils à l’écho du vent sifflant entre les cimes rendent ses thrènes captivants… La Dame de pluie semblable à une sirène de montagne veille à ce que toujours les nuages voilent la clarté des toits.
Elle fera pleuvoir, car elle pleure pour leurs prières.
Elle fera pleuvoir, car elle pleure de la désinvolture du garçon qui saute de flaque en flaque.
Elle fera pleuvoir, car elle pleure pour leur sort et ce couplet qu’on oublie souvent…

Elle fera pleuvoir, car leurs têtes faites de papier et de tissus gorgés de ses larmes s’élèveront dans le ciel pour former des nuages.
Et la pluie ne s’arrêtera pas…

Teru-teru-bozu, teru bozu
Fais que demain soit une journée ensoleillée
Car s’il fait nuageux et que tu pleures
Je devrai te couper la tête


En savoir plus :

Un teru teru bozu : c’est une petite poupée artisanale fabriquée avec du papier ou du tissu blanc que l’on accroche aux fenêtres des maisons avec une corde les jours de pluie au Japon en chantant une comptine traditionnelle qui tient lieu de prière. On demande à la petite poupée de chasser la pluie et de faire qu’il fasse beau le lendemain et le jour suivant. Si la poupée échoue, on la menace de perdre sa tête dans une troisième strophe maintenant oubliée le plus souvent.
À l’origine de cette comptine, il y a bien sûr une légende, celle d’un moine bouddhiste (un bonze ou bōzu en japonais) qui avait promis lors d’une longue période de pluie de faire revenir le beau temps. À la suite de son échec, il aurait été décapité…

Ameonna : Il s’agit de l’esprit d’une femme apparaissant sous la pluie. La légende raconte que l’ameonna était une déesse du mont Wushan en Chine, qui était nuage le matin et pluie l’après-midi. En arrivant au Japon, elle est devenue un yōkai qui trouble la population. Les agriculteurs prient pour qu’elle apporte la pluie nécessaire aux cultures.

Amefurikozõ : Un yokaï ayant l’apparence d’un enfant étrange qui joue sous la pluie. Il porte une lanterne en papier et un parapluie sans manche sur la tête.

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